La Chapelle Maringer : histoire d’un patrimoine méconnu
La Chapelle Maringer, située actuellement 2 rue du Professeur Alain Larcan, a connu des périodes de faste et des périodes de vicissitudes au cours de son histoire. L’église se dresse au centre d’un ancien site hospitalier, – l’hôpital Maringer-Villemin-Fournier – , qui est en train d’être transformé en quartier d’habitations.
Première période : une chapelle pour un pensionnat (1843-1903)
La chapelle a été construite pour la congrégation apostolique des religieuses du Sacré-Cœur de Jésus, dite « Dames du Sacré-Cœur », fondée en 1800 par Madeleine-Sophie Barat. Il s’agit d’une congrégation apostolique qui se consacre à l’éducation des jeunes filles et œuvre pour donner aux femmes un rôle de premier plan dans la reconstitution du tissu social et ecclésial ébranlé par la Révolution française.
L’évêque de Nancy, Mgr Menjaud, demande à la congrégation de créer un pensionnat à Nancy. Les sites de « Nabécor » et de « Bellevue », en périphérie de la ville, se prêtent au projet. Le premier site était occupé au 18e siècle par un domaine jésuite. Les travaux de réalisation des locaux pour la communauté religieuse et leurs pensionnaires commencent, et les religieuses ouvrent le pensionnat dès 184. La chapelle est édifiée en 1843, comme en atteste la pierre de fondation qui se trouvait dans le mur extérieur, au niveau de la galerie qui court le long de la façade sud ; on y lisait que l’église a été bénite le 10 août 1843 par Mgr Alexis-Basile Menjaud, nommé évêque coadjuteur de Nancy en 1839 avec le titre d’évêque in partibus infidelium de Joppé, avant d’être évêque de Nancy de 1844 à 1859. Une porte permettait d’entrer dans la chapelle depuis le corps du bâtiment principal du pensionnat.
Une deuxième période : une chapelle d’hôpital (1903- env. 2000)
En 1903, durant une période difficile pour les congrégations religieuses, les Dames du Sacré-Coeur quittent les lieux et vendent leur propriété. Celle-ci est achetée par les hospices civils de Nancy, à l’instigation d’Hippolyte Maringer, maire de Nancy et président de la Commission des Hospices, donnant suite à la circulaire ministérielle imposant la création d’hôpitaux spéciaux et isolés pour traiter les tuberculeux.
La chapelle devient alors chapelle d’hôpital et reçoit son appellation, « Maringer », un nom qui correspond aux fonctions médicales essentielles du site : un premier établissement du nom de Maringer destiné à accueillir les malades de la tuberculose est installé en 1904 dans le bâtiment existant, il s’agrandit rapidement (1912) d’un sanatorium qui prend le nom de Villemin en souvenir d’un médecin militaire lorrain qui, dans les années 1860, avait prouvé la notion de contagion de la tuberculose. Puis, afin d’augmenter la capacité d’accueil des personnes atteintes d’affections dermatologiques et de maladies vénériennes, on construit en 1923 un nouveau bâtiment qui reçoit le nom de Fournier (médecin syphiligraphe français).
La chapelle dans les années 1950 (copies de photographies des archives de la Congrégation des Sœurs de la Sainte Famille de Jésus-Joseph-Marie, dites Sœurs de Saint Charles (sœurs hospitalières)).
Une troisième période : l’abandon et ses conséquences (env. 2000-2021)
Au cours des années 2000, les services hospitaliers sont progressivement transférés sur le site hospitalier de Brabois. La chapelle n’est alors plus utilisée ni entretenue.
Photographie de la chapelle en 2010 (prise par Benoît Leheup). Des éléments de vitraux de la façade sud sont déjà cassés. La chapelle a encore ses lustres.
Après le départ complet des services hospitaliers, la chapelle désaffectée se dégrade considérablement : verrières de la façade sud cassées, infiltrations, murs de plus en plus noircis, accumulation de fientes de pigeons, fuites dans le toit de la sacristie, vols d’objets … Ce patrimoine nancéien est gravement menacé.
Le groupe Batigère acquiert l’ensemble du site à la fin de l’année 2015. La chapelle est alors en piteux état. Elle est nettoyée, les verrières cassées et très abîmées sont complètement enlevées et remplacées par des panneaux de polycarbonate.
Une association cultuelle chrétienne orthodoxe qui cherchait un lieu de culte propose de l’acheter. Elle s’y installe dès 2016, en attente de l’achat, et commence des travaux de restauration : les murs et les décors sont peints, la polychromie du chœur est restaurée selon les couleurs d’origine.
Mais la découverte de la présence massive de mérule en 2018-2019 nécessite des travaux importants de démolition d’une partie de l’intérieur de la chapelle et un traitement adapté. La tribune est totalement détruite, les murs sont décrépis, les parquets sont enlevés…
Une quatrième période : la renaissance de la chapelle
pour une fonction cultuelle et une fonction culturelle (2021-…)
Au mois de juillet 2021, l’association cultuelle orthodoxe acquiert la chapelle en l’état et entreprend la restauration du bâtiment : édification d’une nouvelle tribune, restauration d’une partie des décors dans la nef, pose de granite au sol.
Le 16 avril 2023, la Chapelle Maringer peut rouvrir ses portes pour retrouver sa première fonction, ancienne et toujours actuelle : le culte.
Et le 20 mai 2023, la « grande chapelle » acquiert sa fonction secondaire : la culture ; l’Espace Chapelle Maringer est officiellement inauguré dans la chapelle, en présence du Maire de Nancy, du Maire-Adjoint pour le Patrimoine, d’une Conseillère départementale déléguée, d’un député de Nancy et de représentants de plusieurs associations du quartier et de Nancy. Cette nouvelle fonction de la chapelle devient effective : accueillir le public pour des concerts, expositions ou conférences organisés par des associations.

Pendant le mois d’octobre 2023, de nouveaux vitraux ont été posés, pour remplacer les verrières qui avaient été cassées pendant la période d’abandon de la chapelle. Ils ont été réalisés par le maître-verrier Răzvan Costea.
En 2025, les murs de la salle située sous la nouvelle tribune ont été fresqués par
l’iconographe Răzvan Prunean. Les fresques représentent la vie de saint Nicolas,
« patron de la Lorraine » depuis 1477.

















